C'est dans le cadre du projet de classe à PEAC que les élèves de 3e8 ont rencontré le mercredi 27 janvier 2016 Hélène Delalex, attachée de conservation au château de Versailles et co-commissaire de l'exposition Le roi est mort. Ils ont pu lui poser des questions sur cette exposition qu'ils ont eu la chance de découvrir à l'occasion d'une visite-conférence et s'informer sur le métier de conservateur.


LE ROI EST MORT
Rencontre avec Hélène Delalex co-commissaire de l'exposition




Simon - Comment avez-vous choisi le sujet de cette exposition ?

C'est le tricentenaire de la mort de Louis XIV qui a déterminé le choix de cette exposition. Le Centre de Recherche du Château de Versailles a publié trois volumes sur Les rituels des funérailles princières en Europe du XVIe au XVIIIe siècles qui ont permis d'éclairer ce sujet jusqu'alors mal documenté.

Simon - Le château de Versailles étant un lieu historique, cela vous contraint-il à faire surtout des expositions autour du roi Louis XIV ?
Non, pas seulement. Le château de Versailles propose chaque automne de grandes expositions sur des thématiques variées comme Le XVIIIe siècle aux sources du design qui mettait à l'honneur le mobilier ou Versailles et l'Antique qui faisait une place belle à la sculpture ou encore Versailles et les sciences qui eut un très grand succès. L'été, il y a aussi les expositions d'art contemporain qui invitent des artistes de renommée internationale. Cette année, c'est l'artiste dano-islandais, Olafur Eliasson, qui investira les jardins.

Anne - Combien de temps faut-il pour réaliser une exposition ? Comment fait-on pour rassembler les œuvres ?
Il a fallu trois ans pour réaliser cette exposition qui durera quatre mois. Le commissariat de l'exposition a établi une liste d’œuvres sur un tableau excel en précisant le nom de l'artiste, le titre de l’œuvre, le format, le lieu de conservation et son état. Cette liste est actualisée au fur et à mesure que le projet prend forme. Pour cette exposition, la difficulté était de trouver des objets car beaucoup ont disparu à la Révolution française.

Emilie - Qui sont les personnes qui ont travaillé à  cette exposition ?
Monter une exposition est un travail d'équipe, ce qui  rend la tâche passionnante. Une centaine de personnes y ont participé. Le commissariat, en charge de la partie scientifique de l'exposition, a été assuré par Mme Béatrix Saule, Directeur-conservateur général du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Gérard Sabatier Professeur émérite des Universités et moi-même. Ce commissariat suit l'ensemble de l'exposition depuis son idée jusqu'à son démontage. Pier Luigi Pizzi metteur en scène, scénographe et costumier italien de réputation internationale a conçu la scénographie. Le régisseur, des restaurateurs ont aussi participé au projet ainsi que le service des éditions et de la communication et le service éducatif.

Emilie - Quelles sont les missions du service de la communication et du service éducatif ?
C'est avec eux que l'on réfléchit à la manière dont on va pouvoir transmettre les contenus scientifiques de l'exposition au plus grand nombre y compris au public scolaire. Il faut concevoir des livrets d'exposition et des audioguides ; proposer des visites conférences. Une des grandes problématiques d'une exposition temporaire, c'est de faire en sorte qu'on puisse garder en mémoire ce moment éphémère. Pour cela, il y a plusieurs outils dont le catalogue, le site internet ou la chaîne youtube du château de Versailles.

Anne - Quelles sont les grandes étapes de la conception d'une exposition ?
Il faut écrire le synopsis de l'exposition et établir un budget pour sa mise en œuvre. Le commissariat établit ensuite une liste des œuvres. Au château de Versailles, on a la chance d'avoir des budgets importants qui nous permettent de recruter aussi un scénographe, ce qui n'est pas le cas dans les petits musées. On établit un plan de mise en place des œuvres salle par salle. Pour penser la scénographie d'une exposition, on modélise les salles en 3D avec des logiciels comme autoCAD.

Titus - Aviez-vous une idée de la scénographie avant de travailler avec Luigi Pizzi ?
Mme Saule pense toujours l’œuvre dans son espace, à la manière d'un architecte, ce qui n'est pas la préoccupation première de tous les conservateurs. Elle est très attachée aux perspectives d'une salle à l'autre. Elle a travaillé en étroite collaboration avec Luigi Pizzi qu'elle connaît bien. Il avait déjà   travaillé à la scénographie de deux expositions à Versailles, celle sur Versailles et les tables royales en Europe et celle sur Versailles et l'Antique. Il y a eu une véritable confrontation des points de vue entre Béatrice Saule et Luigi Pizzi qui a été très enrichissante et fructueuse.






Titus - Combien de temps le montage de l'exposition nécessite-t-il ?
Ce montage prend environ un mois et demi. Il faut aménager les salles, les tapisser de tissus muraux, prévoir des cimaises pour l'accrochage des tableaux. Il faut aussi mettre en place les vitrines et coordonner l'arrivage des œuvres car quand les vitrines sont scellées, on ne peut plus les rouvrir.

Raphaël - Comment se négocie le prêt des œuvres qui vous intéressent ?
On se rend dans les musées ou chez les collectionneurs pour négocier ces prêts qui sont gratuits. En contrepartie, on prend en charge leur restauration. Parfois, ces prêts s'avèrent impossibles, comme les effigies funéraires de Westminster qui sont trop fragiles. Pour d'autres œuvres, comme le buste d'Antoine Coysevox représentant Louis XV à l'âge de six ans, conservé à la Frick Collection de New York, il a fallu se montrer très convaincant. Quant au grand tableau de Jean-François de Troy présentant Saint-Vincent de Paul au chevet de Louis XIII, il était trop grand pour passer la porte de la salle du musée de Copenhague qu'on a dû casser ! On a aussi demandé à l'INA, l'Institut National de l'Audiovisuel, les droits pour visionner des films d'archives sur les funérailles de Charles de Gaulle ou de John Fitzgeral Kennedy qui sont présentés à la fin de l'exposition.

Simon - Préférez-vous un affichage thématique ou chronologique des œuvres ?
Pour cette exposition, nous avons préféré une organisation thématique qui n'exclut pas un déroulement chronologique avec les différentes étapes des funérailles, depuis la mort du roi jusqu'à la mise en place de son cercueil dans la caveau des rois à Saint-Denis.

Anna - Quel était le budget de l'exposition ?
Le budget de l'exposition est de 2 500 000 euros avec un mécénat de 600 000 euros. Le mécénat consiste en des aides financières privées, le plus souvent de grandes entreprises qui vont être associées à l'exposition et qui vont pouvoir bénéficier de réduction d'impôt.  Ce budget est très important. Les expositions du Grand Palais peuvent atteindre un budget de1 000 000 d'euros mais le  coût moyen d'une exposition est généralement autour de 300 000 euros à Paris et 100 000 euros pour les grandes expositions de province.

Léa - Cette exposition est-elle rentable par rapport aux investissements engagés ?
A Versailles, on parle davantage de succès que de rentabilité car le billet d'entrée au château inclut la visite de l'exposition. Souvent, la découverte du château entre en concurrence avec l'exposition qui se trouve en fin de parcours. Le public qui vient de province ou de l'étranger privilégie le château. C'est surtout le public francilien qui vient spécialement pour les expositions.

Aoibh - Cette exposition a-t-elle eu beaucoup de retours médiatiques ?
J'ai fait près de dix émissions de télévision et une cinquantaine d'interviews. Mais si cette exposition a un succès certain, c'est surtout grâce au bouche à oreille qui a été le meilleur outil de communication pour ce sujet méconnu du grand public et pas  forcément très attractif de prime abord.

Cyprien - Qu'allez-vous faire des grands décors conçus par Luigi Pizzi ?
Quand les expositions sont démontées, on vend généralement aux enchères le mobilier d’exposition comme cela a été fait pour l'exposition sur le mobilier d'argent.  Pour ma part, je vais récupérer le tissu mural violet. Le cénotaphe à l'entrée de l'exposition, qui est une restitution de Pier Luigi Pizzi d'après des gravures de l'époque, est un objet très important scientifiquement mais sa taille rend son devenir problématique. La maquette de la chambre du roi quant à elle pourra être plus facilement gardée par le château de Versailles et utilisée à des fins pédagogiques.  





Paul - Quelles études fait-on pour devenir conservateur ?
Pour devenir conservateur du patrimoine, il faut passer le concours de l'INP (Institut national du patrimoine). Ce concours est accessible aux titulaires d'un bac + 3, le plus souvent en histoire ou  histoire de l'art. Lorsqu'on est admis, on suit une formation de dix-huit mois à l'INP avant de trouver un poste.

Titouan - Est-ce que c'est un secteur où l'on recrute beaucoup aujourd'hui ?
Non. Il y a peu de places aux concours.

Gaëtan - Quelles qualités faut-il avoir pour exercer le métier de conservateur ?
Il faut avoir des qualités de chercheur et d'organisation, avoir le goût de transmettre des contenus scientifiques, de les vulgariser pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Il faut aussi avoir des qualités de communication, être réactif, ne pas avoir peur de la caméra.

Chloé - Etes-vous spécialisée dans un domaine artistique ?
Je suis spécialisée dans l'art européen de l'époque moderne, du XVIe au XVIIIe siècles. Pour cette période, l'histoire de l'art est étroitement liée à l'histoire. J'ai beaucoup travaillé sur Nicolas Poussin et Claude Le Lorrain. Mais un conservateur ne travaille pas nécessairement sur son domaine de formation. Il a des compétences qui lui permettent d'aborder tous les domaines de l'histoire de l'art. C'est un peu comme un ministre qui passe d'un ministère à un autre !

Cyprien - Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?
C'est un métier qui s'exerce avec passion et souvent dans un cadre exceptionnel comme au château de Versailles. C'est aussi un travail d'équipe. Il n'y a pas un jour qui ressemble à un autre et on a l'opportunité de rencontrer beaucoup de gens qui travaillent dans des domaines variés. Il y a aussi une part plus solitaire qui concerne la recherche. Je ne vois pas vraiment d'inconvénients même s'il y en a certainement.


 Pour en savoir plus 

Site de l'exposition

Brochure de l'exposition

F. Sauve