Après la rencontre avec Christian Milet, photographe du château de Versailles en 2012 - Un métier passion - c'est un professionnel de la restauration de peinture, Xavier Beugnot, que les élèves qui participent cette année à la classe à PEAC ont pu interviewer à l'occasion de deux rencontres qui se sont déroulées au collège. C'est à lui qu'on doit deux restaurations prestigieuses du château de Versailles, celle du Salon de l'Abondance en 2013 et celle du Salon d'Apollon en 2014.

Une troisième rencontre s'est déroulée le jeudi 14 mai au château cette fois, d'abord dans la galerie d'histoire  où est conservé le célèbre carton de tapisserie intitulé Visite De Louis XIV à la manufacture des Gobelins restauré par Xavier Beugnot et commenté par lui in situ. Puis ils ont parcouru les salles des Grands Appartements du roi où les plafonds des salons de l'Abondance et d'Apollon leur ont semblé bien familiers. Peu de visiteurs sont aussi savants qu'eux sur leur iconographie et les states de leurs couches picturales !


Interview de M. Xavier Beugnot par les élèves de 4ème patrimoine dans le cadre de la classe à PEAC « Conserver, restaurer et enrichir le patrimoine des résidences royales »

Comment vous est venue l’idée d’exercer ce métier ?

J’ai eu la chance après le Bac de faire un stage chez un restaurateur de peinture où j’ai découvert ce métier qui m’a tout de suite plu. Je me suis alors lancé dans les études de restaurateur.

Quelles études doit-on faire pour devenir restaurateur de peinture ?
Il faut passer un concours après le bac pour rentrer à l’INP, l’Institut national du patrimoine qui forme des conservateurs et des restaurateurs du patrimoine. Le cursus scolaire dure cinq ans au terme desquels on obtient un master de restaurateur du patrimoine.

Quels sont les cours que doivent suivre les étudiants en restauration ?
Ils doivent suivre des cours de chimie, de dessin et d’histoire des arts.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?
C’est un métier passionnant qui demande des compétences manuelles et intellectuelles. C’est aussi un métier qu’on exerce en équipe. Les restaurateurs travaillent par exemple en étroite collaboration avec les conservateurs qui veillent à la bonne conservation des œuvres.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre métier ?
C’est une profession indépendante. Pour trouver du travail, il faut répondre à des appels d’offre qui nous mettent en concurrence avec d’autres restaurateurs. Il faut passer beaucoup de temps à constituer des dossiers qui font une centaine de pages,  qui présentent l’état initial de l’œuvre et font des propositions techniques pour la restaurer. Il faut aussi évaluer le temps que prendra la restauration et le prix que cela coûtera.

Quelles sont les restaurations que vous avez faites pour le château de Versailles ?
J’ai participé à la restauration du salon du Grand Couvert. J’ai ensuite dirigé deux grands chantiers dont j’ai été le mandataire : le Salon de l’Abondance qui a été de loin le projet le plus intéressant pour moi puis le Salon d’Apollon dont la restauration a dû se faire avec un budget moins important et sur un temps plus resserré. J’ai aussi restauré un tableau conservé aujourd’hui dans la galerie d’histoire du château, une esquisse de Charles Le Brun pour une célèbre tapisserie représentant La Visite de Louis XIV aux Gobelins.

Est-ce que vous avez restauré pour d’autres musées ?
Je travaille aussi avec le musée de Chantilly. Pour le musée du Louvre, j’ai restauré un grand tableau du XIXe siècle d’Antoine Gros intitulé Le Général Fournier Sarlovège.

Quelle œuvre rêveriez-vous de restaurer ?
Je rêverais de restaurer Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault. C’est un tableau dont l’histoire me fascine.

Est-ce que vous êtes aussi peintre ?
Non, je dessine parfois mais je ne suis pas un artiste peintre. Quelques rares restaurateurs de peintures mènent une double carrière de restaurateur du patrimoine et d’artiste peintre. C’était le cas au XVIIe siècle mais de nos jours, c’est très rare et les deux carrières sont distinctes. Le métier de restaurateur est un métier récent qui a été reconnu en Italie dans les années 1950 et en France seulement dans les années 1970.

F. Sauve