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C'est dans le cadre convivial du CDI que les élèves de 3e1 ont reçu l'écrivain Gaëlle Josse pour dialoguer autour de leur lecture du Gardien d'Ellis Island.

Ce projet initié et coordonné par Mme Schaetzel, professeur documentaliste, a été pour les élèves une expérience enrichissante qui s'est inscrite dans un ensemble de lectures cursives autour du thème "Visages de l'Amérique". Ils se sont montrés très engagés et ont participé avec beaucoup d'enthousiasme et d'autonomie à cette rencontre, se montrant très perspicaces dans leurs questionnement. Ce fut pour eux un moment privilégié où ils ont découvert que la lecture, c'est une rencontre avec une œuvre, parfois avec son auteur,  et surtout, un moment agréable d'échanges et de partage. Et pas seulement un objet d'évaluation !


LE DERNIER GARDIEN D'ELLIS ISLAND



Rencontre avec Gaëlle Josse
- Lundi 12 octobre 2015 -
Matteo - Comment vous est venue l'idée d'écrire ce livre ?
J'ai fait un voyage en famille à New York. Je n'avais pas alors l'intention d'écrire un livre sur Ellis Island. En découvrant ce lieu, j'ai ressenti un choc. C'est un lieu où l'on ressent qu'il s'est passé des choses importantes. C'est à partir de cette émotion qu'en quelques semaines j'ai décidé d'écrire ce livre.

Jean - Pourquoi avoir choisi de commencer le récit par la fin ?
Le sujet de ce livre est une pure fiction. L'idée de cet homme resté seul sur cette île et qui va remonter le cours de sa vie m'est sans doute venue des conditions dans lesquelles j'ai découvert Ellis Island. C'était tôt le matin, pour échapper au flux des touristes. Je me suis perdue dans les couloirs, comme dans un labyrinthe. Je n'entendais que le bruit de mes pas dans les escaliers et le cri des mouettes. C'est dans cette ambiance un peu particulière que m'est venue l'idée de cet homme demeuré seul à Ellis Island.

Nour - Vous avez commencé par écrire des poèmes. Comment êtes-vous passée de la poésie à la prose ?
C'est en découvrant sur internet le tableau du peintre flamand Emanuel De Witte, que j'ai eu l'idée d'écrire mon premier roman, Les heures silencieuses. Je suis allée voir le tableau à Rotterdam et le livre est né de cette rencontre.

Ambre - Aviez-vous un message à faire passer en écrivant ce livre ?
Ce n'est pas un roman à clef ou un roman à thèse. Je n'aime pas ce genre de littérature. C'est à posteriori que j'ai compris que ce livre faisait passer un message, quand j'ai été confrontée à la tragédie de Lampedusa.

Annaëlle - Pourquoi avez-vous choisi de vous mettre dans la peau d'un personnage masculin ?

Quand je lis un livre, je suis toujours attentive au personnage qui raconte la fiction car selon le choix qu'on fait du narrateur, ce ne sera pas la même histoire. Pour ce roman, je ne me suis pas posée la question du narrateur : le fait que ce soit un homme s'est imposé comme une évidence.

Gaëlle - Est-ce que vous vous inspirez des histoires de vos proches pour écrire vos romans ?

Consciemment non. Mais inconsciemment, forcément. On se nourrit de ceux qui nous entourent. Il y a plein de choses intimes qui irriguent l'écriture d'un roman.

Présentation de l'auteur

Gaëlle Josse, est une auteur née en 1960. Elle a fait des études de droit, de journalisme et de psychologie clinique. Elle dit être venue à la littérature par la poésie et a d'ailleurs écrit plusieurs recueils de poèmes comme L'Empreinte et le cercle, Signes de passage ou encore Carnet de Leonardo Express. Elle a écrit quatre romans dont Le Dernier Gardien d'Ellis Island qui s'est retrouvé finaliste au prix des libraires 2015. Aujourd'hui, elle travaille comme rédactrice dans un magazine et pour un site internet à Paris. Elle organise des ateliers d'écoute musicale et d'écriture pour adultes et adolescents.
Jeanne 3e1

Gaëlle - Pourquoi faire entrer Logan dans l'histoire ? Cela a changé ma lecture du livre.
Il fallait trouver un biais romanesque pour que le lecteur ait accès à ce journal intime. C'est ce personnage qui va être l'intermédiaire entre le lecteur et le journal. Il y a aussi un effet de miroir car à la fin du récit Logan vit une histoire d'amour difficile et l'histoire du gardien d'Ellis Island fait écho à la sienne.

Lazare - Pourquoi avoir choisi une vie si triste pour votre personnage principal ?
Sur le plan romanesque, ce sont les destins tragiques qui sont les plus riches. Comme le disait Gide, "On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments". Ces destins permettent d'explorer notre condition humaine.

Jeanne - Pourquoi n'avez-vous pas donné le point de vue d'autres personnages ?
J'ai pensé un temps à rédiger un roman choral puis finalement, ça ne s'est pas fait comme cela. Dans mon prochain livre, il y a deux histoires en miroir et trois voix.

Gaëlle - Pourquoi avoir choisi une histoire sentimentale aussi lourde ?
Parce que c'est la vie ! C'est une histoire d'un homme entre deux femmes. Ce qui m'a intéressé, c'est le thème de la transgression. Le protagoniste est le gardien du temple, de l'entrée en Amérique. Il est celui qui maintient la règle qu'une situation sentimentale va le conduire à transgresser. C'est donc un personnage ambigu. C'est quand le personnage sort du cadre qu'il devient intéressant. Au début, il est en position de témoin devant ces exilés qui défilent, puis il va devenir acteur en devenant amoureux d'une jeune exilée italienne.

Juliette - Pourquoi faire mourir votre personnage ?
Parce que c'est une situation à laquelle je ne voyais pas d'issue. C'est une tragédie individuelle dans une histoire collective. J'ai repris les codes de la tragédie antique : unité de lieu, de temps et d'action. C'est une histoire d'enfermement tragique.

Laurie - Pourquoi avoir choisi la forme du journal intime ?
C'est un genre qui se prête bien à la confidence.

Jeanne - Comment parler aussi bien d'une période historique qu'on n'a pas vécue ?
Comme je ne suis pas historienne, j'ai fait des recherches. J'ai lu le livre de Perec sur Ellis Island - un incontournable - et cela a été un grand moment. On trouve beaucoup de sites internet sur ce sujet, des livres de bord des transatlantiques par exemple car beaucoup de gens cherchent à remonter le cours de l'histoire de leurs proches.

Clément - Est-ce que votre famille a vécu l'immigration ou l'exil ?

Dans ma famille, il y eu des départs, mais pas pour l'Amérique. Peut-être qu'inconsciemment cela m'a travaillée mais ce n'était pas le projet du livre.



Ellis Island à New York est un symbole de l’émigration vers les Etats-Unis. De 1892 à 1954, elle est le lieu de passage et d’examen obligatoire pour les millions de migrants qui arrivent de plus en plus nombreux d’Europe.

A 800 mètres de la Statue de la Liberté, l’immense centre aujourd’hui transformé en musée, va voir passer jusqu’à sa fermeture, quelques 12 millions de personnes.

Clément - Est-ce que votre livre a été traduit aux États-Unis ?
Huit traductions de ce livre sont prévues à ce jour mais pas en américain ni en anglais. Les Américains se demandent en quoi ce sujet peut intéresser une Française.

Agnès - Comment avez-vous choisi la photo qui se trouve sur la jaquette du livre ?
Idéalement, j'aurais voulu que cette image apparaisse en plus grand sur la couverture du livre parce qu'à mon sens tout le livre s'y trouve résumé.

Clément - Combien de temps a duré l'écriture du livre ?
Un an, un an et demi. D'un livre à l'autre, le temps peut être variable.

Chiara - Avez-vous eu du mal à rédiger certains chapitres ?
Ecrire demande beaucoup de travail. Pour ma part, j'écris toujours en deux temps. Le premier jet, qui constitue 90% du texte consiste en une phase de création pure, où les personnages surgissent. Puis vient une phase de relecture, à distance, qui peut durer assez longtemps, jusqu'à ce que la musique des mots soit en accord avec ce que je veux. Et là, c'est vraiment un travail ardu. Il y a des passages qui sont justes au premier jet, d'autres qui sont récalcitrants.

Jean - Ecrivez-vous tous les jours ?
Je n'écris pas tous les jours car j'ai aussi une activité professionnelle et une vie de famille. J'écris par phases. Ce n'est pas quantifiable. Après une relecture, je laisse reposer le texte plusieurs semaines pour avoir l'impression de le redécouvrir.

Jean - Sur quel support écrivez-vous, le papier ou l'ordinateur ?
Le premier jet, je le fais sur papier, sur un cahier à spirales. La main court plus vite sur le papier que sur le clavier ; il y a une connexion plus grande entre la main et le cerveau. Cela me permet aussi d'écrire en tous lieux et en toutes circonstances. Puis, je saisis le texte sur le support informatique. Cela permet une lecture plus verticale, en surface.

Lazare - Avez-vous déjà ressenti le syndrome de la page blanche ?
Non, quand j'écris, c'est que les choses sont mures et prêtes à advenir.

Lise - Aviez-vous envie de devenir écrivain ?
J'ai toujours aimé la littérature ; j'aimais écrire des rédactions. L'écriture et la musique sont des fondements de ma vie. Mais l'idée d'écrire des livres m'est venue plus tard.

Brieuc - Depuis combien de temps écrivez-vous ?
Depuis un peu moins d'une dizaine d'années.

Chiara - Quelles sont les études que vous avez faites ?

J'ai fait un master de droit, une école de journalisme et j'ai un diplôme de psychologue clinique. Tout cela est assez loin de l'écriture. En France, on n'apprend pas à écrire. C'est toute la différence avec les Etats-Unis où il y a des cursus universitaires de creative acting car on pense qu'écrire c'est un métier qui s'apprend comme un autre. L'inconvénient, c'est que parfois, avec ce genre de cursus, l'écriture devient un peu formatée.

Cette rencontre avec Gaëlle Josse m’a donné une autre vision du livre. Elle nous a aidés à mieux comprendre la structure et le choix du thème de l’œuvre. Mme Josse m’a paru naturelle et chaleureuse.
Emmie 3e1

Cette rencontre a été enrichissante car les réponses à nos questions nous ont permis de mieux comprendre l’œuvre et le travail d’un auteur. Gaëlle Josse nous a semblé sympathique et à l’aise avec notre classe. Nous la remercions de s’être déplacée pour nous.
Loana, Annaëlle, Marie, Agnès 3e1

Gaëlle Josse est quelqu’un d’ouvert et intelligent. Le livre ne m’inspirait pas beaucoup jusqu’à la rencontre avec l’auteur. Elle m’a fait changer d’avis sur le livre. Cela m’a fait mieux comprendre le métier d’écrivain. Merci pour cette rencontre.
Lise 3e1

C’était intéressant pour la découverte du métier d’écrivain mais aussi pour saisir de quelle manière elle écrit. Elle était à notre écoute et a répondu à toutes nos questions. J’ai aimé cet entretien car Mme Josse m’a donné une autre vision de « lire les livres ».
Clément 3e1

La rencontre avec Mme Josse m’a donné un nouveau point de vue sur le livre. Mme Josse est une femme intéressante qui dégage beaucoup de simplicité et d’honnêteté. En tant que première rencontre avec une écrivaine je n’ai pas été déçue !
Jeanne 3e1


Juliette - Que ressentez-vous quand un de vos livres est publié ?
Je m'interroge sur la réception du livre par les lecteurs et je suis un peu inquiète.

Jean - Pour quels lecteurs écrivez-vous vos livres ?
Je ne pense pas à cela quand j'écris mes livres. J'écris comme je le sens et après, mes livres trouvent leur public. J'ai été surprise de voir que mes livres entraient au lycée et plus encore au collège.

Nour - Qu'avez-vous ressenti quand votre livre a reçu le "prix des libraires" ?
Cela m'a beaucoup touchée car c'est une reconnaissance de professionnels alors qu'on sait que les grands prix littéraires sont aussi le lieu de tractations entre les maisons d'édition parisiennes.

Chiara - Pensez-vous que votre livre pourrait être adapté au cinéma ?
Pourquoi pas ! Il y a de grands films sur l'histoire de l'immigration aux États-Unis comme The Golden Door ou America America ou plus récemment The immigrant. Il y avait un projet d'adaptation pour un autre de mes romans, Noces de Neige.

Jean-Daniel - Quel est le livre que vous préférez parmi tous ceux que vous avez écrits ?
C'est sans doute Nos Vies désaccordées. C'est le plus personnel. C'est celui qui a donné lieu à des avis les plus contrastés. C'est un livre autour de la musique qui est quelque chose d'essentiel dans ma vie.

Annaëlle - Etes-vous fière des livres que vous avez écrits ?
Non, fière n'est pas le mot ; mais quand je fais des lectures de mes livres, je me dis que c'est vraiment ce que je voulais et que je n'ai rien envie de changer à ce que j'ai écrit.

Colin - Quels sont les auteurs qui vous inspirent ?
Il y en a sans doute beaucoup ! Je suis une grande lectrice : je lis en moyenne deux livres par semaine. Je viens d'un milieu où il y avait beaucoup de livres. C'est un peu inhibant et mon père est une figure d'intellectuel un peu écrasante.
Parmi mes auteurs préférés, il y a Stefan Zweig, Philip Roth, William Faulkner et les auteurs américains. Il y a aussi les grands auteurs de la littérature russe du XIXe siècle, surtout Les Ames mortes de Nicolas Gogol. Il y a aussi les auteurs français contemporains comme Pierre Michon, Laurent Gaudé ou Mathias Enard.

Jeanne - Jouez-vous d'un instrument de musique ?
Oui j'ai appris le piano que j'ai pratiqué quand j'étais étudiante et j'en joue volontiers. Quand j'écris, je le fais beaucoup à l'oreille ? Je cherche la musicalité des phrases en les lisant à haute voix. Je cherche qu'elle sonne juste. Quand j'écris un roman, il y a souvent une musique qui l'accompagne : ce fut Rameau et Coperin pour Les Heures silencieuses, Schumann et Tchaïkovski pour les heures désaccordées, Je fais aussi souvent des lectures publiques en musique. Dans mon blog sur Le Dernier Gardien d'Ellis Island, j'ai mis des musiques d'exil italiennes et arméniennes qui ont accompagné l'écriture du roman.

On a trouvé la rencontre avec Gaëlle Josse très instructive, sympathique et pleine d’échanges. Mme Josse faisait de son mieux pour répondre de la façon la plus complète possible à nos questions avec modestie et tact. Elle nous a permis de voir sous un autre angle son livre, Le dernier gardien d’Ellis Island. Elle s’est ouverte naturellement à nous pour nous parler de ses goûts et de sa vie privée. Merci de votre visite.
Chiara, Juliette, Colin 3e1

Je l’ai trouvé très sympathique et chaleureuse. Cette rencontre était intéressante  du point de vue culturel car elle nous a bien décrit Ellis Island.
Jean 3e1

Cette rencontre fut passionnante car grâce à elle, j’ai eu une autre image du livre. Ce fut très intéressant aussi du point de vue culturel car Gaëlle Josse nous a expliqué l’Amérique du XXe siècle. C’était très gentil de sa part d’avoir pris le temps pour répondre à toutes nos questions.
Louis 3e1

J’ai aimé cette rencontre car elle nous a présenté son travail d’écriture autour d’Ellis Island.
Nour 3e1

La rencontre avec Gaëlle Josse était très sympathique. Gaëlle Josse nous a mis à l’aise dès le début. Elle nous a aidés à mieux comprendre le livre en se mettant à notre niveau. Elle a également très bien répondu à nos questions et nous a transportés à Ellis Island grâce à sa lecture d’un extrait du livre à la fin. Merci Gaëlle Josse.
Ambre 3e1

Remerciements

Nous vous remercions grandement d'être venu passer du temps avec nous au collège. Après cette rencontre, nous saurons sûrement mieux apprécier nos lectures - Brieuc 3e1

La presse en parle


Gaëlle Josse à la rencontre des élèves de Rameau - Toutes les Nouvelles

Texte : F. Sauve